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Couvertures médiatiques des grandes compétitions : La presse sportive brimée par les autorités

Entre journaliste, reporter sportif, consultant sportif et influenceur qui ne fait pas du journalisme, qui devrait avoir la priorité pour couvrir un grand rendez-vous sportif à l’extérieur ? La question mérite d’être posée au regard de ce qui se passe actuellement dans le sport béninois.

Couvertures médiatiques des grandes compétitions :   La presse sportive brimée  par les autorités
© Le Patriote

Alors que des professionnels des médias, habitués à couvrir le football national au quotidien, restent au pays, des influenceurs et créateurs de contenus bénéficient, eux, de certaines opportunités de voyage lors de compétitions disputées sur le continent ou à l’international. En effet, cette situation suscite une incompréhension et frustration dans les rangs de certains acteurs de la presse sportive et même chez des supporters. Le constat n’est d’ailleurs pas nouveau. Lors de la dernière CAN au Maroc, la présence de plusieurs influenceurs et créateurs de contenus avait déjà fait réagir dans le milieu sportif. Beaucoup avaient espéré que les choses évolueraient pour les prochaines grandes compétitions.

Mais quelques mois plus tard, les mêmes interrogations reviennent : les Amazones U20 du Bénin s’apprêtent à écrire une nouvelle page de l’histoire du football national en participant à la Coupe du Monde U20 en Pologne. Et là encore, la composition de la délégation fait parler. Des influenceurs et TikTokeurs ont fait le déplacement, tandis que certains journalistes qui suivent régulièrement cette sélection sont restés au pays.

Une frustration qui grandit...

Dans les couloirs du sport béninois, le sujet est évoqué avec prudence. Beaucoup préfèrent ne pas prendre publiquement position, par peur de créer des problèmes ou de fermer certaines portes. Pourtant, la frustration existe bel et bien. Connu sous le nom de  "Pepe Vilard " , consultant du football béninois, qui a lancé une alerte pour revenir sur cette situation. Passionné du football féminin comme masculin, il fait partie de ces acteurs qui, depuis plusieurs années, contribuent dans l’ombre à donner de la visibilité aux différentes compétitions nationales.« Moi, je suis au pays… mais les TikTokeurs et influenceurs sont en Pologne ! », a-t-il écrit sur sa page Facebook. Il tient cependant à préciser qu’il ne s’agit pas de dénigrer les créateurs de contenus. « Je ne dis pas qu’ils ne méritent pas d’y être », explique-t-il.

Pour lui, le véritable problème concerne surtout la place accordée aux journalistes et aux professionnels qui consacrent une grande partie de leur temps à la couverture du football béninois. Et il n’est visiblement pas le seul à se poser des questions. Plusieurs acteurs du milieu partagent cette frustration, mais préfèrent garder le silence.

Des sacrifices qui comptent...

Derrière les grandes compétitions, il y a tout un travail réalisé pendant la saison, voire même des années. Des journalistes et reporters sportifs se déplacent chaque week-end pour couvrir les matchs, parfois avec leurs propres moyens. Ils prennent la route, réalisent des directs, commentent les rencontres, produisent des articles, recueillent des réactions et suivent les équipes dans différentes localités.

Ce travail n’est pas toujours rémunéré à sa juste valeur. Pour beaucoup, les opportunités de déplacement à l’extérieur constituent donc l’une des rares formes de reconnaissance après plusieurs mois de sacrifices. « C’est un peu scrogneugneux ici, au Bénin. On a des passionnés de football béninois qui se démènent chaque jour, qui courent après l’info, qui couvrent les matchs, qui soutiennent nos joueuses, tout ça avec peu de moyens, mais beaucoup d’amour. Et là, on voit des influenceurs débarquer en Pologne pour couvrir l’événement… alors qu’on aurait aimé que ce soient nos vrais passionnés qui y soient, pour représenter le courage et la détermination du football béninois », a déploré Moucharaf Soumanou Alidou, dit Reporters Sans Frontières.

C’est pourquoi le fait de voir des professionnels rester au pays alors que d’autres profils sont intégrés aux délégations peut être difficile à accepter. La question n’est pas de dire que les influenceurs n’ont aucune place dans les grandes compétitions. Ils peuvent eux aussi apporter de la visibilité et toucher un public différent.

Mais les rôles ne sont pas les mêmes. Un journaliste est envoyé pour informer, recueillir des témoignages, vérifier les informations et rendre compte de l’événement. Un influenceur ou un TikTokeur travaille principalement dans la création de contenus pour sa communauté. Les deux peuvent donc coexister, sans pour autant que l’un remplace systématiquement l’autre.

Un critère qui pénalise ?

Par ailleurs, la véritable question concerne alors les critères qui président à la composition des délégations. En effet, lorsqu’un déplacement est pris en charge par une fédération, un ministère ou une autre structure, pourquoi tel professionnel est-il retenu et tel autre écarté ? Quelle place est réservée à la presse sportive ? L’expérience, le travail réalisé pendant la saison et la régularité dans la couverture du football sont-ils réellement pris en compte ?

Donc, ces questions méritent des réponses. Il ne s’agit pas non plus de donner des noms ou d’accuser sans preuve. Le plus important est d’attirer l’attention sur un malaise qui risque, à la longue, de décourager ceux qui travaillent quotidiennement pour le développement du football béninois. Si un influenceur ou un TikTokeur décide de financer lui-même son voyage pour aller suivre une compétition, cela relève de son choix personnel et personne ne devrait s’en plaindre. Néanmoins, la situation devient différente lorsque des places sont accordées dans des délégations officielles, alors que des journalistes actifs et expérimentés restent à la maison.

Ceci est donc dit, au-delà des autorités et des fédérations, cette situation interpelle également les journalistes eux-mêmes. La solidarité entre professionnels est importante. Si chacun reste dans son coin par peur de parler, les mêmes problèmes risquent de se répéter. Sinon, les journalistes sportifs ne demandent pas de privilèges. Ils demandent simplement que leur travail soit reconnu et que les opportunités soient accordées sur la base de critères transparents et compréhensibles. « Il ne faut pas décourager nos jeunes reporters et passionnés qui se lancent dans cette aventure. Le vrai esprit du sport, c’est la passion, la persévérance et la reconnaissance du travail bien fait. La scène appartient à ceux qui donnent tout, même dans l’ombre, et qui savent que le mérite finit toujours par payer », a-t-il lancé, Moucharaf Soumanou Alidou.

Notons que cette réalité ne se limite pas au domaine sportif. Dans d’autres disciplines et lors de plusieurs événements, la présence privilégiée de créateurs de contenus au détriment des professionnels de la presse soulève également des interrogations.

Le gouvernement béninois peut être au courant de tout. Vivement que la donne change et que le mérite, l’expérience et le travail accompli sur le terrain soient davantage pris en compte.

 

Alola BIAOU

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