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Débat général au 80ᵉ sommet à l'Assemblée générale des Nations Unies : Ce qu'il faut retenir des interventions africaines

(Les présidents africains plaident pour une réforme mondiale)

Débat général au 80ᵉ sommet à l'Assemblée générale des Nations Unies : Ce qu'il faut retenir des interventions africaines
© Le Patriote

Du mardi 23 septembre au lundi 29 à la tribune des Nations unies à New York, plusieurs chefs d'État et  représentants africains ont prononcé lrurs discours dans  le cadre du débat général. Ils ont exigé une réforme du Conseil de sécurité, dénoncé les inégalités climatiques et tiré la sonnette d’alarme face aux crises sécuritaires, du Sahel à la RDC, en passant par Gaza.

Dans le cadre du débat général, principal événement du sommet annuel de l’ONU qui réunit les chefs d’État, de gouvernement, et représentants du monde entier, les voix africaines se sont faites plus fortes que jamais. La question de la réforme du Conseil de sécurité a dominé les interventions. Le président ghanéen John Dramani Mahama a dénoncé un système « sous tutelle des vainqueurs de 1945 », estimant que l’avenir ne pouvait être bâti sur des institutions figées. Il a réclamé que l’Afrique obtienne au moins un siège permanent.

Parallèlement, Denis Sassou Nguesso, président du Congo, a plaidé pour une représentation plus juste du continent, rappelant que l’Afrique est trop souvent « terrain d’expérimentation des grandes puissances » sans être associée aux décisions mondiales. Le vice-président nigérian Kashim Shettima a martelé que son pays, le plus peuplé d’Afrique avec 236 millions d’habitants, est un acteur stabilisateur qui ne peut rester à la marge de la gouvernance mondiale.

Faustin-Archange Touadéra, président centrafricain, a proposé la création d’un Fonds mondial de prévention des conflits. Pour lui, l’ONU n’est pas dépassée : ce sont les États Membres qui bloquent ses mécanismes par manque de volonté politique.

Sécurité au Sahel, en RDC et au Proche-Orient

La sécurité a constitué un fil rouge. Le Premier ministre nigérien Lamine Zeine Ali Mahaman a accusé certaines puissances étrangères, dont la France, de nourrir l’instabilité au Sahel en soutenant les groupes terroristes. Il a appelé à la souveraineté totale des pays africains dans la gestion de leur sécurité et exigé un devoir de mémoire sur le passé colonial.

À l’Est de la RDC, le président Félix Tshisekedi a tenu un discours particulièrement poignant. Il a demandé à la communauté internationale de reconnaître le génocide congolais et dénoncé « l’agression injuste et persistante du Rwanda ». Il a prévenu que l’inaction de l’ONU face à ces crimes constituait une menace directe à la paix mondiale.

Au-delà du continent, plusieurs dirigeants africains ont relié la question sécuritaire à celle du Proche-Orient. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a réitéré le soutien de son pays à la cause palestinienne et dénoncé « l’impunité dont jouit Israël ». L’Égypte a rappelé qu’elle ne serait jamais complice d’une « nouvelle Nakba » et a insisté sur l’urgence d’acheminer l’aide humanitaire à Gaza. Pour la Tunisie, la paix au Proche-Orient passe par une solution à deux États, condition indispensable à la stabilité internationale.

Justice climatique et développement équitable

La question climatique a suscité une indignation partagée. Le Malgache Andry Rajoelina a dénoncé l’« injustice climatique » qui frappe son pays, pourtant peu pollueur, mais fortement exposé aux cyclones et à la montée des eaux.

Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a affirmé que le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, « ne sera pas livré aux appétits financiers », exigeant une rémunération équitable pour les services écologiques rendus.

Le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló a réclamé le respect des engagements financiers des pays industrialisés, notamment les 100 milliards de dollars annuels promis aux pays du Sud pour la transition énergétique. Quant à l’Éthiopie, elle a rappelé que le changement climatique menace directement sa sécurité alimentaire et a exhorté les grandes puissances à soutenir davantage l’adaptation plutôt que des promesses non tenues.

La Tunisie a averti contre une instrumentalisation sécuritaire des migrations, phénomène aggravé par les dérèglements climatiques. Pour Mohamed Ali Nafti, chef de sa diplomatie, l’Europe doit « cesser de percevoir la migration uniquement sous l’angle sécuritaire » et investir dans des projets structurants pour l’Afrique.

Une Afrique qui s’affirme comme force de proposition

Au-delà des dénonciations, les dirigeants africains ont proposé des pistes concrètes : élections démocratiques en Somalie, valorisation des richesses minières au Nigéria, protection du bassin du Congo, coopération renforcée contre le terrorisme au Sahel.

Tous convergent vers la  conviction commune selon laquelle l’Afrique n’est plus seulement victime des crises mondiales, elle est devenue force de proposition. À travers leurs voix unies, les chefs d’État exigent une gouvernance mondiale plus juste, capable de répondre aux défis sécuritaires, climatiques et économiques. L’Afrique ne veut plus être spectatrice mais co-architecte du multilatéralisme de demain.

Ezéchiel Dagbégnon PADONOU

 

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